Sarkozy l'intellectuel : Pléonasme ou oxymore
Depuis le début de la présidence Sarkozy, l'ensemble de l'appareil d'état fait référence à sa pensée. Nicolas Sarkozy serait-il un modèle de monarque éclairé, un tyran philosophe, une vigie démocratique. Etudions ce cas avec Axel Kahn.
Le nom « intellectuel » désigne l’ensemble de ceux dont l’activité fait appel avant tout à l’intellect, aux capacités d’un esprit alimentant sa créativité et son originalité à la source d’une culture que l’on suppose hors du commun.
On suppose que l'activité de président de la république fait appel à l'intellect. On peut comme le font ceux qui en permanence se réfère au dire du président, faire référence à la créativité et à l'originalité de la pensée du président.
Mais, pour le dernier terme une culture que l’on suppose hors du commun euh.
Disposant pour se livrer à cette activité des capacités nécessaires et d’un temps que n’obèrent pas les obligations de tâches plus ou moins répétitives et imposées, on en attend qu’il offre à l’immense majorité de ses concitoyens ne disposant pas de semblables facilités et possibilités, quelques idées originales et puissantes qui ne découlent pas d’une analyse banale à la portée de tous.
Euh : je n'arrive pas à trouver une idée originale et puissante.
Un militant ardent et généreux, admirable par son courage et sa sincérité, dont l’exemplarité impose l’admiration ou au moins la considération, n’est bien sûr pas toujours un intellectuel.
Euh : il faut s'entendre sur les terme de généreux et courageux. Pour la sincérité on peut facilement prouver que Nicolas Sarkozy n'aime pas cette qualité.
De même, cesse de l’être, un écrivain, un penseur, un philosophe auto-désigné dont l’engagement est incapable d’éviter un certain appauvrissement de l’idéation, dont le rayonnement fini par être ramené à l’équivalent d’une lampe frontale n’éclairant plus guère que son propre chemin, voire à une lumière intérieure qui ne provoque plus aucune incandescence visible par autrui. Réduit à cette image, l’intellectuel engagé le serait dans un tunnel où se perdrait sa qualité d’intellectuel. On pourrait dès lors parler d’un oxymore, d’une lumière obscure…
Euh : appauvrissement de l'idéation, les partisants de la pensée sarkozienne peuvent juger (prendre un ton geignard) "ce sont les circonstances de crise qui justifie que Nicolas Sarkozy ne défende plus le libéralisme, c'est essentiellement un pragmatique qui sait s'adapter"
À l’inverse, imaginons un être doté d’un esprit prodigieux, capable de réarranger une incroyable diversité de connaissances et d’influences pour faire émerger des visions et des interprétations fulgurantes, bouleversantes, novatrices.
Euh
Peut-on envisager qu’un tel intellectuel de haut vol ne tire lui-même aucune conséquence de ce qu’il a pu dévoiler, ignore tous les chemins dont il a révélé la potentielle richesse, ne s’engage dans aucun d’entre eux ?
Bien sur que non.
Une intelligence dont le rayonnement ne l’atteindrait lui-même jamais ? En quelque sorte, un intellectuel pétrifié, phare ancré à son roc, isolé sur son îlot ? Cela signifierait qu’un tel individu étrange, s’il pouvait exister, serait lui-même insensible aux lumières qu’il prodigue.
Cela va de soit.
Le fonctionnement de l’entendement humain dépend à ce point d’un ensemble entremêlé de perceptions, de sensations, d’émotions et de cognition que la personne évoquée ne peut sans doute être envisagée car elle ne saurait alors penser. L’intellectuel engagé serait donc un pléonasme puisque engagé, il ne peut manquer de l’être.
Tout à fait.
En définitive, l’intellectuel engagé, aujourd’hui, comme en réalité hier même si tel n’a souvent pas été le cas, est de ceux dont parle le philosophe-chancelier anglais Francis Bacon lorsqu’il évoque l’homme d’action, ardent et déterminé qui sait aussi, par intervalle, s’asseoir au bord du chemin pour (sen) pleine action et en analyser la qualité.
Euh
En d’autres termes, celui qui conserve en de telles circonstances une relation dialectique de l’action et de la réflexion, approche philosophique de la praxis conçue comme matérialisation de la pensée aussi bien qu’objet de ses analyses. Seule une telle attitude peut convaincre de l’authenticité d’un message dont l’auteur met les préceptes en pratique, mais dont il sait se distancier afin d’en évaluer la pertinence et de la sorte en enrichir les concepts.
Euh
Telle est la condition d’un engagement intellectuel dans lequel l’engagement est au service de l’épanouissement d’une pensée dont chacun puisse tirer le meilleur profit possible.
On peut refaire le test avec Henri Guaino ou avec Frédéric Lefebvre. Non!!!!