La transparence du marécage capitaliste
Hier, j'ai ramassé sur un quai de métro une page du monde économique abandonné et j'ai lu la chronique de Paul Jorion. Il me semble que ses chroniques durant la crise boursière était plus lucide que les versions officielles.
Et cette chronique sur l'opacité m'a encore parlé. Que dit-il ?
Que les autorités ont combattu activement toute tentative d'établir une plus grande transparence. Car si en principe, la transparence assure la confiance (si l'on connaît la situation financière de ses contreparties, on apprécie le risque qu'implique le fait de traiter avec elles), ce principe ne s'applique pas si l'information disponible révèle leur insolvabilité. Ce dernier point explique l'acharnement des autorités contre toute tentative de transparence, qui aurait révélé l'insolvabilité généralisée des établissements. Il fallait donc la combattre.
Donc l'opacité étant désormais aux commandes, la confiance a disparu.
Il existe heureusement une alternative à la confiance, et son nom est "solidarité".
Quand les conditions normales prévalent sur les marchés, des mesures de maintien de la concurrence suffisent à assurer le bon ordre. Mais en cas d'insolvabilité généralisée, une autre logique prend le dessus pour une tâche plus essentielle et plus urgente : le maintien en vie, non pas des entreprises individuelles, mais du système dans son entier. Les autorités demandent alors à chaque entreprise de "faire semblant" que toutes les autres sont solvables, et cela jusqu'à nouvel ordre. La solidarité a un autre avantage sur la transparence : elle rend moins pressant le retour de la régulation.
Avec le retour à la normale, la solidarité va s'estomper, la régulation ne sera pas établi, l'opacité sera toujours le principe, la méfiance également. Conséquence :
Il apparaîtra alors en pleine lumière que tous ces atermoiements, loin d'avoir offert une occasion au système ancien de se refaire une santé, l'auront en réalité définitivement condamné.
J'ai déjà exprimé dans ce blog la capacité des articles économiques à avoir une conclusion inverse au raisonnement et bien là ce n'est pas le cas.