Pierre Rabhi en Corse
J'aurais pu écrire sur un personnage médiatique nommé Zemmour, ou sur la classe politique reconduite hier, avec de nouvelles têtes élues sur la liste Europe Ecologie. Mais il est certainement plus important d'écrire sur Pierre Rabhi. Ce n'est pas, je pense, Saoulfifre qui me contredira.
Pierre Rabhi était en Corse le mois dernier dans le cadre des IIIe Universita di l'Omu organisées par l'AFC Umani. Il était à cette occasion interviewé par Julie Quilici pour Corse Matin.
Avec Pierre Rabhi et après Ferrat nous pouvons continuer à chanter en Corse comme en Ardèche, dans les maquis actuel une France solidaire et rebelle et re-belle, une France libertaire et résistante, une France intelligente et chaleureuse.
« Se nourrir, un acte politique et de
légitime défense ». Pourquoi avoir orienté le débat sur ce sujet ?
C'est une façon de tirer la sonnette d'alarme.
Il s'agit d'un thème d'actualité qui n'occupe pas la place qu'il mérite.
Pourtant, lorsque j'observe l'évolution de la
problématique de l'alimentation, je constate que tous les paramètres sont
négatifs et à ce rythme, l'humanité ne va pas parvenir très longtemps à se
nourrir.
La France est déjà totalement dépendante des importations.
Est-ce votre façon d'attaquer le
système de production moderne ?
Je ne fais pas que bavarder, j'agis et je
démontre que c'est possible autrement.
Et un jour nous serons bien obligés de dresser
un bilan de notre société marchande car l'agriculture moderne est une des
grandes catastrophes écologiques du siècle.
En quoi consiste l'agroécologie que
vous avez développé ?
Il s'agit d'une discipline qui permet de
régénérer les sols, de se nourrir et d'améliorer notre patrimoine. Une méthode
qui prend en compte tous les facteurs écologiques, notamment l'érosion et la
gestion de l'eau.
Les consommateurs sont aujourd'hui
friands des produits estampillés « bio ». Preuve que votre message a été
entendu ?
Nous avons passé notre temps à hurler que
l'alimentation est importante pour notre corps. Les consommateurs sont donc en
quête de produits « bio », mais la demande est supérieure à l'offre.
Les industriels ricanent lorsque les
écologistes montent au créneau car ils souhaitent avant tout rester des
samouraïs de l'agriculture en cultivant un culte de puissance.
Ils n'ont pas conscience qu'ils sont en train
de détruire le patrimoine des générations futures.
Il serait ainsi précoce, selon vous,
de parler de prise de conscience ?
Oui car il existe en réalité un retard global
des consciences collectives. Je suis reconnaissant avec tous les gens qui œuvrent
pour défendre l'environnement. Mais l'écologie est l'affaire de tous. Elle n'a
pas de frontières, pas de partis politiques. C'est la nature qui a enfanté
l'homme et nous sommes donc tous des fils de l'écologie.
Côté politique...
Nous sommes seulement en face de gestionnaires
qui, à l'instar de petits épiciers, décident au jour le jour. Ils ne se
préoccupent pas de la cause. Le Grenelle de l'environnement c'est simplement
une façon de créer de la diversion. La vérité c'est qu'ils considèrent la
planète comme un gisement de ressources à transformer en dollars.
Partagez-vous le sentiment de nombreux
écolo qui considèrent Copenhague comme un échec ?
Il faut être naïf pour attendre quelque chose
de cette grand-messe. Ces manifestations ont l'inconvénient majeur - en plus
d'être un échec - de faire croire que les intérêts écologiques préoccupent les
autorités. La réalité, c'est qu'à chaque minute de concertations, il y a des
forêts qui disparaissent et des hommes malmenés.
José Manuel Barroso est favorable à la
culture d'OGM en Europe. Les scientifiques ont validé ce choix. Une
contradiction selon vous ?
Il s'agit d'une imposture qui devrait engendrer
un soulèvement de la population. Il n'y a aucune utilité à développer les OGM.
Il faut davantage s'occuper des engrais traditionnels mais on observe un
hold-up sur les semences. Et surtout n'oublions pas que l'intitulé exact c'est
OGMB (breveté) ce qui signifie « propriété privée » et donc pas d'accès libre.
Quant à la science elle est dangereuse et obscure, bien que rassurante pour la
psyché collective.